Journal de poèmes
De l'épine à la poussière,
un journal intime en vers.
L'épine
Dans une balade au plein milieu d'un brasier. Tout est mourant autour de moi. Mais j'observe au loin, une brume qui attire ma curiosité. Elle se distingue de la fumée que j'ai pu apercevoir tout au long de mon périple dans les flammes. Elle est plus lourde, plus convaincante, il y a quelque chose qui me captive. Un élément spécial la compose. En une fraction de seconde, un chemin se fraye devant moi, une lumière au bout du tunnel. Alors je l'emprunte et les obstacles s'inclinent face à mon envie d'elle.
En m'approchant, mon regard croise celui d'une fleur, encore vivante aux abords des flammes. Elle scintille de mille feux, s'enveloppant d'un vent froid dont la couverture est presque magnétique et envoûtante. Peut-être me suis-je aventuré dans l'œil du cyclone. Il y a face à moi, probablement au centre de ce désarroi, la chaleur la plus agréable de cet endroit.
Je ne sais pas si je dois sauver cette fleur de cet environnement hostile ou si son élément lui convient. Il se pourrait qu'elle en soit la source ou bien s'est-elle simplement retrouvée là.
Jusqu'ici, une torche m'a protégé de cet incendie, un bâton qui s'enflamme pour en écarter les autres. Plus j'ai approché ma torche dans ce brouillard et plus la flamme qui me protégeait s'est davantage estompée devant mes yeux face au caractère chimique de ce miracle qui se tient devant moi. Je me retrouve à découvert. Je crois que j'ai peur. Je n'ai plus besoin de me protéger. Mon paradoxe en a trouvé un plus puissant. Je connais parfaitement mes émotions et pour une fois je suis complètement perdu et guidé en un même moment. La confusion se transforme en une quête. Je sais où aller, je ne veux plus me balader dans cette hostilité. Je décide d'en finir. Dans l'hypothèse où j'ai moi-même déclenché le feu dans lequel je me balade, je me suis retrouvé face au seul être qui a survécu à mes flammes. Je ne l'aurais jamais trouvée si rien ne brûlait. C'est le temps qui m'y a emmené. Nos énergies s'y sont retrouvées.
Un simple instant de réalisation ; entre le contact visuel et le mouvement de mon bras vers son corps mystérieux. Mes yeux et une rose. Ma main et une épine. Je la pique du sol, elle est douce. Je saigne mais ma blessure est telle que mon incompréhension.
Lorsque je l'ai cueillie, le temps s'est arrêté. Les étincelles flottent dans l'air et l'embrasement s'est figé comme un tableau. Je tiens cette rose et ces épines. Je suis émergé de bonheur, je regarde ce tableau et je suis pris d'un attrait de fascination. C'est la danse de l'eau et du feu. Le contact de cette fleur m'offre une perspective de création infinie. Désormais je me balade dans une peinture. Des flammes statiques, un brouillard qui flotte et une explosion lumineuse au centre de la composition. La danse progresse et l'œuvre oublie le périple des flammes, la lumière s'empare du tableau qui devient blanc, presque vierge.
Il ne reste plus rien autour, à l'exception de ma main qui tient ma rose dans ces épines.
J'inverse la main dans laquelle je la tiens. Et je signe en rouge sur cette page blanche le mot amour.
Noah Scheidler
L'étincelle
C'était une histoire digne d'un film, un court épisode inattendu, dans l'énergie brûlante d'une énigme pleine de rebondissements
C'est un moment que je garderai dans mon esprit et qui à jamais, m'aura détruit
La lumière s'estompe, fond, s'éloigne
Un peu plus à chaque fois
Je suis le vide, noir
Elle est la comète, rapide et furieuse, l'ange déchu d'un rêve en deuil
Sans avoir eu le temps de converser, il s'était déjà défenestré
Un nuage abandonné
Tandis que je m'envole, ses ailes tombent vers le sol
Le brouillard gronde loin au-delà des ombres
J'ai été aveuglé par une lumière que je n'ai qu'aperçu
Pour n'en devenir qu'un souvenir
Éboulis
De magie, de chimie
Nous nous sommes simplement croisés.
Noah Scheidler
La rupture
J'ai retenu les larmes de glisser sur ma poitrine
Le froid a pénétré le chaud
Le fond de l'âme où réside les flammes de l'ego
Le tout a transpercé ma peau
Trop tard, la cascade m'emporte, les oiseaux fuient et les nuages me hantent
Une averse approche
Je subis le tourment des saisons
Je me suis préparé pour cette inondation, toute ma contenance s'est liquéfiée sur le long de mon corps
À travers les fleurs et la boisson
Mes vêtements et mes passions
Mon visage sec est devenu mouillé de mes soupirs et craquements
C'est le sort que l'on m'a réservé
Pour le caprice de mes sentiments
Les larmes ont coulé
Je n'en suis plus qu'un excédent
Noah Scheidler
La nouvelle
Elle m'a emmené dans son rêve, là où elle me l'a laissé à moi-même
Son cœur cherchait à être brisé, je n'ai pas pu
Alors elle se l'est brisé toute seule
Une vision nocturne
La silhouette d'une amoureuse
Un réveil cardiaque
Jamais je n'aurais cru que la terre pouvait tourner aussi vite
Noah Scheidler
L'abandon
J'étais prêt à tous les sacrifices pour elle
Elle m'a donc sacrifié
L'acte le plus grandiose que je peux réaliser est de ne rien faire
Je me suis déjà battu et j'ai perdu
Noah Scheidler
Rancœur
Je me méfie de l'amour
Car je crois aux sorcières et aux sorciers
Les magiciens pourrait-on les appeler
Ce jeu se vit de la mort
Des étincelles mises en scène
Au gré d'un tour d'illusion
Un frisson fait son deuil
Le cœur palpite
S'est fait trompé
Noah Scheidler
L'origine
La mère est un grand chêne
Il est une feuille, détaché de son arbre
Il est né quand il s'est envolé
Qu'aura-t-il raconté ? Avant de tomber sur la terre
Lui offrir toute ta matière
Noah Scheidler
Un élément
Avant de faire un pas en avant
J'aime reculer d'un pas en arrière
Pour avancer d'un grand élan
Je m'écrase sur le sol pour bondir dans les airs
Bénévole des sentiments
L'état est une danse
Un esprit bel et bien vivant
Au beau milieu du vide
Dans une sphère
La terre n'est qu'un vent pour ce que l'âme n'est qu'un chant
Noah Scheidler
L'oiseau
Mes ailes déployées
Au rebord de la fenêtre tu m'as rejoint
Puis tu es parti
Chavirer vers celui qui t'a fait naviguer
Je ne suis qu'un naufragé de mes pensées
Un aveugle aurait vu sous tes lauriers
La lumière que je n'ai su témoigner
Pris au piège dans une de tes plumes égarées
Le vent m'a emporté loin
Le vent te viendra peut-être de venir la récupérer
Au voleur qui a arraché ton cœur
Cette lettre que l'oiseau n'a jamais postée
Noah Scheidler
L'escalier de Penrose
Après la rencontre d'une marche invisible, nous voilà tombés dans un vide inexplicable, rempli de désirs infinis, où prisonniers nous en faisons la meilleure des maisons. Irréversible est la chute, deux corps flottant dans l'univers de leurs rêves et histoires à l'envers. Que j'aime cette idée d'être plongé dans ces pupilles qui me donnent des ailes, comme si chaque battement me libérait un peu plus de l'illusion du temps. Que j'aime cette scène portée par l'image d'être tombé, volontairement, dans nos regards. Pour ne jamais plus s'entraver à courir dans les méandres d'un escalier sans égard.
Et dans cette chute, les secondes se tordent, les âmes s'abordent, les ombres s'accordent, les larmes se bordent et nos cœurs se mordent, les échos de nos idées résonnent dans le vide, laissant des souvenirs qu'aucune impression ne pourrait effacer.
Peut-être n'existons-nous que dans ce vertige, une illusion suspendue, où les corps sont à la fois pris et libérés, flottant entre l'imaginaire et la réalité. Et en pleine chute, nous redécouvrons la légèreté d'être, comme si la terre ne nous retenait plus, et que chaque battement était notre envol vers l'inconnu.
Noah Scheidler
Le parieur
L'élan soumis au vide
Aux frontières du silence
Un sobre noyé dans son évanescence
Noah Scheidler
Demain
Les feuilles mortes au sol
Chuchotent les mots d'un été
Noah Scheidler
Une nuit étoilée
Je passe l'après-midi à jouer avec ma petite sœur, elle a deux ans, après le foot, elle réclame son dessin animé préféré. Une heure passée, maman rentre en début de soirée. Je l'embrasse puis j'aide à ranger. Après le dîner, je fais en sorte de rester, un signe d'hospitalité, comme un frère, comme un fils, une présence compte et elle a un degré.
Je monte dans la chambre de mon frère, là où je dors avant de repartir à Paris. Je regarde une série et un vieil ami me chuchote à l'oreille que je m'ennuie. Je repense à mon premier amour qui est aussi mon dernier. La pression monte et une question revient, suivie d'une affirmation. Comment vais-je revivre ? Je vais revivre. Ainsi j'ai su que j'ai vécu, donc je revivrai.
Je réalise que j'ai des regrets, non pas d'avoir vécu mais d'avoir oublié de vivre, quand j'ai vécu le mieux. Ne m'être pas rendu compte du bonheur, qui m'est passé comme on raye un jour du calendrier, aussi facilement qu'un rayon de soleil transperce l'eau un mois de juillet.
Le vieil ami me dessine un schéma dans la tête, celui de l'homme qui sait comment il va renaître. Il me tend dans la main, une feuille à rouler, celle qui va questionner mon être. Ça n'est plus dans mes habitudes. Pourtant le briquet se bat avec le vent. La fumée danse avant de disparaître. Le signal rouge est dans mes mains. Il clignote du début à la fin. Se consume et congrue à mes idées. L'addiction ne reviendra jamais car chaque fois elle me rappelle mes regrets. Pourtant me voilà encore en train de jouer avec le feu.
Il fait noir, je suis devant ma maison. Seulement les ombres des arbres. Seulement des étoiles d'un ciel dégagé. J'ai passé une heure à les observer. Parmi l'une d'entre elles, j'ai vu celle qui aime voyager à toute vitesse. J'ai eu la chance de pouvoir formuler un vœu. Sans aucun mot, dans ma tête une image. Une présence que je connais. Des regrets à révoquer. Une destinée peut-être, ma volonté sûrement.
Les nuages sont venus tout effacer. Ce tableau lumineux que tout le monde connaît. Une par une, leurs lumières ne me parvenaient plus, jusqu'à la dernière. Elle brillait plus que les autres, elle était la dernière cible du cercle nuageux qui a emporté les autres. Elle n'a rien lâché, elle continuait de briller. Et toutes autour l'ont rejoint. Les nuages n'ont su résister. Ils ont rendu au ciel la lumière qui essayait de me parler.
La renaissance. Une brillance qui n'a su renoncer. La détermination d'une lueur d'espoir se transformant en une nuit étoilée.
Noah Scheidler
Poussière
J'ai toujours eu l'impression d'être si petit
Face au monde qui est vaste
Quant à l'univers qui est infini
Les étoiles ne font que rire
La lumière joue des tours à mes yeux
La peur joue des tours à mes rêves
La pluie se moque de mes humeurs
Le soleil se nourrit de mon bonheur
La poussière me donne cette grimace que je suis comme elle
Noah Scheidler